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sexta-feira, 18 de setembro de 2015

Le Musée national de Bosnie rouvre, un pied de nez aux divisions

Trois ans sans salaire, mais en permanence sur leur lieu de travail : c’est ce à quoi se sont astreints les dizaines d’employés du Musée national de Bosnie, la plus importante des institutions culturelles du pays, depuis sa fermeture en 2012. Une mobilisation pour garder intacts les quatre millions d’objets présents entre les murs, qui a su trouver un écho citoyen. Un acte de résistance aussi, dans une Bosnie minée par les divisions, et où la culture commune ne se préserve qu’à coups de subventions, étroitement liées au climat politique.



« Ja sam musej » (Je suis le musée). Face au mutisme des autorités, les employés du Musée national de Bosnie ont reçu le soutien d’un collectif citoyen.Marc Etcheverry/RFI





De notre journaliste à Sarajevo,

La végétation chaotique dévorant le jardin du musée laisse deviner que tout n’a pas fait l’objet d’une attention méticuleuse. Mais les oeuvres, elles, sont préservées. Et c’est bien l’essentiel pour la quarantaine d’employés encore sur les lieux. En ces premiers jours de septembre, chacun s’est mué en agent d’entretien. L’excitation le dispute à la fatigue d’une lutte que tous croyaient sans fin. Ils ont pourtant obtenu gain de cause : après trois ans sans avoir vu de visiteur, le musée - « leur » musée - va rouvrir ses portes ce mardi 15 septembre.



L’initiative « Je suis le musée » a reçu le concours de plusieurs artistes.
 Ici le travail du photographe bosnien Zijad Gaficn,
qui a tiré le portrait de quelques employés.Marc Etcheverry/RFI



Dans le hall d’entrée, alors que deux ouvriers s’éreintent à donner aux murs leur fraîcheur d’antan, Ines Bulajic vante les qualités de l’institution. Ici reposent près de quatre millions d’objets provenant de toute la Bosnie, « ce qui fait du Musée national l’un des plus importants de tous les Balkans ». Le bâtiment, érigé au XIXe siècle, renferme aussi la célèbre Haggadah de Sarajevo, un manuscrit enluminé en hébreu âgé de sept siècles. Ines Bulajic est la porte-parole de l’association Akcija (« Action »), à l’origine de l’initiative « Je suis un musée », organisée pour sensibiliser le grand public à la cause des employés. A compter de ce mardi, il ne sera donc pas seulement question de présenter les trésors de Bosnie aux visiteurs, il s’agira aussi de leur conter trois années de résistance pour leur sauvegarde. Au premier étage, demeure toujours, d’ailleurs, une exposition de l’artiste bosnien Zijad Gafic. Des clichés sur lesquels certains employés prennent la pose, pour la bonne cause.



Employés ou simples citoyens, beaucoup de défenseurs
du musée ont mis la main à la pâte avant la réouverture,
afin que les lieux soient à nouveau présentables au public.Marc Etcheverry/RFI



Dehors, devant le pavillon du département d’ethnologie, un balai et une chaise composent un check-point pour accéder au bâtiment. Azra Becevic, 40 ans, ne joue plus les sentinelles, elle aide deux collègues à briquer des présentoirs. Après 18 ans passés dans ces murs, elle mesure la chance que constitue cette réouverture. « J’ai réussi à survivre car mon travail est assez rare dans le pays. Peu de personnes travaillent dans le secteur de la conservation. J’ai développé, en 18 ans, des liens avec plusieurs institutions. » Mais comme les autres, et malgré son Master obtenu en Grande-Bretagne, elle a dû se résoudre à faire des petits boulots. Mardi pourtant, elle ne reverra pas tous ses collègues. Avant la crise, 65 personnes travaillaient au Musée national de Bosnie - 120 avant la guerre. Ils ne sont plus désormais que quarante.

Enjeux politiciens

La faute aux financements, bien sûr. Car en Bosnie, la culture nationale tombe dans un vide institutionnel. Seules les entités sont à la manette, et dans un pays ethniquement divisé, tous ne se précipitent pas pour maintenir en vie ce genre d’institutions. « Il n’y a pas une ligne de budget pour la culture, confirme Ines Bulajic, dans un soupir. Le musée reçoit seulement des subventions du ministère des Affaires civiles. »

Il y a trois ans, le ministre provenait de République serbe de Bosnie - l’une des trois entités qui composent le pays depuis la fin de la guerre, avec la Fédération « croato-bosniaque », et le district de Brcko. Or le gouvernement de Republika Srpska fait généralement preuve de bien peu d’enthousiasme lorsqu’il s’agit d’apporter sa contribution à l’Etat national. « De 425 000 euros, on est tombé d’un coup à 175 000, précise la porte-parole d’Akcija. Dans ces conditions, le musée ne pouvait pas fonctionner et les salariés ont décidé de le fermer. »

Ainsi tout ce qui pourrait constituer le socle d’une culture commune est sapé par des querelles politiciennes de tous bords. Et cela est particulièrement vrai en ce qui concerne l’Histoire. « Presque chaque objet est source d’interprétations différentes », se désole Azra. Difficile alors de prétendre enseigner un passé commun. Sa camarade de lutte acquiesce : «Vous seriez surpris de savoir combien d’objets provenant de la République serbe de Bosnie nous avons ici. Dans le département d’ethnologie, nous avons une salle dédiée aux oeuvres religieuses orthodoxes. Cela devrait être vu comme un symbole d’harmonie en Bosnie-Herzégovine, mais ça ne l’est pas. » Les deux femmes ne s’étendent pas sur les menaces et quolibets reçus durant ces trois dernières années, y compris de personnes « haut placées ».

D’autres combats

En revanche, elles veulent retenir l’élan de soutien qui a traversé la société civile. « Les gens ont senti qu’il y avait quelque chose de socialement responsable à faire », se rassure Ines Bulajic. Les encouragements ont déferlé, et des centaines d’anonymes sont venus prêter main-forte aux employés du musée. « La mobilisation nous a montré que les citoyens bosniens voulaient que leur argent soit utilisé pour ce genre d’institution. » Une mobilisation qui a donc payé : l’actuel ministre des Affaires civiles, plus conciliant, va mettre la main à la poche, tout comme la Fédération de Bosnie-Herzégovine ou encore le canton de Sarajevo.

Mais pour les défenseurs du vivre ensemble, il ne s’agit que d’une petite victoire. Six autres institutions, dont la Bibliothèque nationale ou le Musée de littérature, sont dans un cas similaire. Et rien ne dit qu’à la faveur d’un énième retournement politique, les fonds ne viennent pas une nouvelle fois à manquer. « Il faut que ces institutions disposent d’un budget pérenne », avance-t-on du côté d’Akcija. Alors que le pays fête cette année les vingt ans des accords de Dayton, qui ont mis fin à la guerre, la culture bosnienne n’est pas seulement le parent pauvre de l’action politique, elle illustre le chemin à parcourir pour des communautés qui campent sur leur passé.

fonte: @edisonmarioti #edisonmariotti http://www.rfi.fr/zoom/20150914-bosnie-musee-national-divisions-ouverture-mobilisation-citoyens

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